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Voici les trois textes que j'ai écrits pour "Le dernier mot", concours d'écriture diffusé pendant trois semaines sur la première chaîne de Radio Canada, et que j'ai eu le plaisir de gagner le 21 février dernier. Merci à toute l'équipe de l'émission "Vous m'en lirez tant" de m'avoir donné cette tribune inespérée, et bravo aux autres participants dont j'ai apprécié les univers : Benoît Plante, Dominique Martel, Patricia Bergeron et Philippe Bouchard.
Bienvenue sur diablog.com, le blog officiel du Diable. L'orgueil n'étant pas le moindre de mes pêchés, j'assumerai que tout le monde me connaît et qu'il est inutile que je me présente.
J'ai créé ce blog à l'attention des mauvaises âmes qui voudraient m'aider à préparer la fin du monde que j'ai planifiée pour 2012. Pour le moment, j'avoue que je tire le Moi par la queue. Les nombreuses guerres et épidémies que j'ai déclenchées n'ont pu freiner la croissance démographique. Pire, les humains qui se réclament de ma filiation se limitent à sacrifier des chèvres et à écouter du Marilyn Manson, ce qui ne m'est d'aucune utilité.
C'est pourquoi j'ai décidé de poster régulièrement des billets pédagogiques qui intéresseront quiconque souhaite apporter sa contribution à ce grand événement. Je vous montrerai comment chacun peut agir à son échelle, que ce soit en écoutant de la musique techno à 4h du matin pour rendre son voisin fou ou en refusant de signer des accords sur la protection de l'environnement. Vous réaliserez que se vouer à l'Apocalypse est une activité instructive et ludique, tout à fait compatible avec une vie sociale épanouie.
À très bientôt...
Satan2012
Julie, Ben et André sont étudiants en cinéma à l'UQAM et passionnés d'exploration urbaine. Plusieurs nuits par mois, ils visitent clandestinement des usines abandonnées, grimpent sur le toit d'édifices publics ou se faufilent dans les égouts de Montréal pour prendre des photos qu'ils postent sur Internet. Ayant besoin de financement pour un film qu'ils souhaitent tourner sur leurs excursions, les trois amis se résignent à organiser discrètement des visites guidées de ces lieux insolites. Le succès est immédiat malgré l'illégalité de l'activité.
Un jour, une star de la télé-réalité nommée Supermike fait appel à leurs services. Le trio l'emmène visiter une brasserie abandonnée, mais la personnalité autoritaire et imprévisible de leur client les rend nerveux. Cette nervosité se transforme en panique lorsqu'il disparaît soudainement au détour d'un couloir.
Ne souhaitant pas alerter les autorités, Julie, Ben et André décident d'effectuer leurs propres recherches qui les mènent dans les lieux abandonnés les plus étranges du Québec. Ils découvrent alors que ces derniers sont fréquentés par un groupe d'individus aux motifs bien plus sombres que le tourisme ou la photographie. Parallèlement, la police qui a commencé à enquêter sur la disparition de Supermike dirige progressivement ses soupçons vers les trois amis.
(Manche 3 : texte rap ou slam)
On était bien partis
Mais on manquait d'atomes crochus
Elle trippait sur Ice-T
Moi j'admirais surtout son énergie
Elle aimait le slam
Mais c'la m'était indifférent
Elle voulait du rap
Mais j'rapais que les féculents
Elle m'a laissé y a un mois pour un émule d'Eminem
Avec le fond du pantalon à trois pied d'la bedaine
J'me suis trompé trop longtemps
Fallait pour garder sa flamme
Ne plus faire l'éléphant
Chanter du hip-hop aux dames
Mais J'suis pas un gars du ghetto
J'habite sur le Plateau
Le seul risque que j'prends en sortant
C'est d'm'enfarger dans un vélo.
Heenok is Heenok
And I am what I am
Même en anglais, c'est pas sûr qu'on m'acclame
Que j'sois en loques ou loquace
Mes traces s'effacent de son espace
Et sous ma carapace les siennes sont si vivaces
Mais j'ai pas assez d'audace
Et je sens bien qu'elle s'lasse
J'préfère rester de glace
Il faudra bien qu'ça passe
Certaines personnes n'y croyaient plus, mais voici le deuxième épisode du podcast d'impolitesses.net.
Le paintball, c'est comme ma courte aventure avec une raélienne : c'était une expérience intéressante, mais je ne pense pas que je réessaierai.
La musique du Jingle est toujours tirée d'une envolée lyrique de David TMX.
Premières oreilles, coach, psychanalyste, etc. : Io
Crédit photo : William Heinrich
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Ce matin, une assemblée exceptionnelle de dirigeants des principaux pays musulmans a conclu un accord interdisant la construction de nouvelles banques ou de tout autre établissement financier sur leur territoire. Selon une déclaration commune, ces structures défendent en effet des "principes tels que la cupidité, l'égoïsme ou l'usure qui s'avèrent en totale contradiction avec l'héritage musulman de notre pays, et d'ailleurs avec la plupart des religions". Selon ce communiqué signé aussi bien par les chefs de républiques islamiques que par les dirigeants de pays laïcs ayant l'Islam comme religion principale, cette décision ne serait nullement une intrusion de la religion dans la politique, mais viserait à "ne pas nier notre héritage musulman qui fait partie intégrante de notre culture".
Cette nouvelle a littéralement bouleversé les marchés financiers et pourrait avoir des répercussions énormes sur l'économie mondiale. Dans un entretien accordé à divers médias tels que Les Échos, The Wall Street Journal et Picsou Magazine, le Directeur général du Fond monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, était visiblement ébranlé, et pas seulement par sa stagiaire. Sonné par la décision des pays concernés dont il stigmatise la méchanceté, il regrette que le débat se soit rapidement focalisé sur quelques dommages collatéraux du capitalisme tels que les inégalités sociales et la destruction de l'environnement, ou sur quelques scandales très localisés tels que les parachutes dorés ou les falsifications de rapports financiers, alors que la majorité des patrons et des spéculateurs ne demandent qu'à pratiquer paisiblement leur foi en l'économie et faire une petite partie de golf de temps en temps.
Du côté des pays musulmans, on se veut rassurant. Selon leurs représentants, il ne s'agit aucunement d'une attaque envers le capitalisme ou le monde des finances puisque la construction de banques musulmanes locales sera toujours autorisée. Les banques étrangères déjà en place seront également préservées, mais les cadres occidentaux devront passer un examen pour prouver qu'ils respectent l'identité nationale du pays où ils se trouvent et faire renouveler leur autorisation de séjour tous les six mois. Les personnes ne respectant pas ces règles seront renvoyées dans leur pays dans des charter.
Au moins, il circuleront à plein dans les deux sens.
Photo : Åndrey
Le 23 octobre dernier s'ouvrait au Centre Eaton de Montréal l'exposition "Bodies" qui met en scène d'authentiques cadavres afin d'expliquer au public les mystères du corps humain.
Les habitués de la galerie commerciale sont ravis de pouvoir contempler quelques écorchés entre l'achat d'un string à La vie en Rose et l'ingestion d'un chich taouk à la foire alimentaire. Quelques voix s'élèvent néanmoins pour que l'on rende illégal tout évènement de ce type au nom du respect de la dignité humaine.
Je comprends que des personnes sensibles refusent de se rendre à une telle exposition par crainte d'être victimes de sueurs froides ou de nausées. J'évite les concerts de Coeur De Pirate pour les mêmes raisons. La plupart des arguments avancés pour bannir "Bodies" ou l'exposition similaire "Le monde du corps 2" qui s'est déroulée en 2007 au centre des sciences me laissent cependant sceptique.
Exhiber des cadavres au grand public serait par exemple une atteinte à la décence et au respect humain. Cela serait sans doute vrai si les expositions utilisaient les corps comme cible dans un stand de tir, mais les mises en scènes sont généralement beaucoup plus sobres. Si on appliquait à la lettre ce principe, il nous faudrait d'ailleurs retirer les momies des musées et censurer la moitié du journal de TVA.
D'autres opposants expliquent que nous serions sûrement choqués de découvrir notre propre grand-mère à ce genre de manifestation. Franchement, depuis que j'ai dû aller chercher la mienne au 281, je ne pense pas qu'il y ait un endroit où je m'étonnerais de la voir.
Des adversaires de l'exposition s'inquiètent également que certaines personnes visitent "Bodies" dans le seul but d'assouvir un voyeurisme malsain. Avec une telle logique, il faudrait d'urgence interdire les publicités pour les couches pour bébés qui risquent d'exciter les pédophiles, l'émission "Le mur", propre à stimuler les sadiques, et les discours de Sylvie Roy susceptibles d'allumer les fétichistes des vestes quétaines.
Il faut cependant admettre qu'il existe une grande différence entre "Le monde du corps 2" et "Bodies". Les organisateurs de la première avaient en effet réclamé aux participants la permission d'exposer leur corps avant leur mort. Les créateur de "Bodies" semblent ne l'avoir demandée qu'après et interpréter l'absence de réponse comme un consentement. Pire, certains corps pourraient appartenir à des détenus chinois.
On comprend mieux pourquoi des associations de défense des droits de l'Homme ont demandé aux responsables de l'exposition qu'ils affichent un panneau à l'entrée avertissant qu'ils ne peuvent garantir que les corps ne proviennent pas de personnes exécutées. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas généraliser cette pratique à tous les produits venant de Chine ? "Nous ne pouvons garantir que les personnes qui ont assemblé ce cellulaire travaillent moins de 70 heures par semaine", "Nous ne pouvons garantir que les employés qui ont tissé ce vêtement ont droit à un jour de congé hebdomadaire".
Ça ne serait pas beaucoup plus utile, mais au moins, on s'intéresserait aux Chinois vivants.
Existe-t-il un meilleur moment pour lancer un nouveau podcast que le deuxième Podcamp Montréal ?
Non.
C'est pourquoi vous trouverez dans ce billet un premier fichier mp3 contenant mes divagations orales. Je pense que c'est assez original. C'est le premier podcast qui commence par "Ta gueule !"
Le jingle est extrait d'une très belle chanson de David TMX.
Merci à Io pour avoir prêté son oreille à mes premiers balbutiements.
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7h du matin
Une toune des cowboys fringants m'arrache des bras de Bianca Gervais. Je m'assois sur le rebord de mon lit et arrête mon iPhone. En regardant la date affichée sur l'écran à cristaux liquides, je ne peux retenir un sourire de satisfaction : Cela fait exactement un an que j'ai quitté mon appartement du XIème arrondissement de Paris pour m'installer à Montréal.
Comme chaque matin, j'ouvre le dictionnaire des expressions québécoises qui trône sur ma table de chevet à une page au hasard. Les yeux fermés je pointe celle que j'essaierai d'utiliser le plus souvent possible au cours de la journée. Aujourd'hui, c'est "la tête à Papineau". Je me lève et me dirige vers la salle de bain en traînant péniblement les pieds. J'ai vraiment la plotte à terre. Hier soir, comme chaque jour de la semaine, j'ai regardé 110% jusqu'à 22h en m'enfilant un bon demi-litre de Caribou. J'aurais pu me coucher immédiatement après, mais je suis tombé par hasard sur une chaîne du câble qui diffusait une émission de télé-réalité vraiment captivante. Je crois que ça s'appelait "La petite vie".
La demi-heure que je passe sous la douche en chantant des tounes de Céline Dion me reconnecte heureusement au monde réel. Ma toilette terminée, je retourne dans ma chambre et m'habille tranquillement en regardant "Salut Bonjour". Depuis que j'ai appris par la publicité que la plupart de ses fournisseurs sont Québécois, j'achète tous mes vêtements chez Walmart. C'est le moindre des services que je puisse rendre à ma terre d'accueil.
8h11
Je mets mon Kanuk, prends ma pelle et sors de chez moi pour affronter l'une des plus terribles tempêtes de l'hiver. Après avoir passé vingt minutes à déneiger ma Civic en pestant, je jette triomphalement la pelle dans le coffre et prends le volant pour me rendre à mon bureau qui se situe 300 mètres plus loin. Un coup d'oeil à ma montre me permet de constater que je suis un peu en avance. Je décide donc d'aller prendre mon café au Tim Hortons qui se trouve au coin de la rue.
Lorsque je pousse la porte, la serveuse du comptoir le plus proche me reconnaît immédiatement :
- Salut, Marc-André, qu'est-ce que tu prends aujourd'hui ? me demande-t-elle avec un sourire (j'ai changé mon nom "Stéphane Martin" en "Marc-André Tremblay" il y a trois mois afin de m'insérer encore mieux dans ma nouvelle patrie).
- Comme d'habitude, une tasse de votre excellent café et un Boston au chocolat, réponds-je en faisant bien attention à prononcer "boston" et non "bostonne".
Après avoir laissé deux dollars de tip à la serveuse, je m'installe à une table près de la vitrine. Quelqu'un a laissé sur une chaise un Journal de Montréal daté d'aujourd'hui. Je l'ouvre en me délectant d'avance. Lors de mon arrivée dans la Belle Province, j'ai immédiatement été séduit par ce quotidien que je trouve encore mieux écrit que le Parisien et France Soir réunis. Il est le seul à aborder les sujets qui concernent réellement les gens, comme la Menace Pédophile ou les déboires du Canadien. Vraiment pas le genre à se perdre dans des débats intello-gauchistes sur les vraies origines de la crise ou des problèmes environnementaux.
La rubrique que je préfère est la chronique du visionnaire Richard Martineau, qui est capable de dégager un phénomène de société du moindre fait divers. Le seul qui puisse l'égaler est Stéphane Laporte quand il s'en prend aux hosties de Français arrogants. Attitude que je comprends d'ailleurs parfaitement car nous sommes bien peu à mériter de nous faire aimer par les Québécois.
8h28
Mon déjeûner englouti, j'arrive au bureau et m'installe dans un cubicle de la compagnie où je travaille à mi-temps comme télémarketer. Mon rôle consiste à vendre par téléphone des abonnements pour le journal La Presse en faisant croire aux prospects que je suis tombé sur eux par erreur en appelant un Monsieur Smith. J'ai décroché cette job à peine trois mois après être arrivé dans la Belle Province. Ça prend pas la tête à Papineau pour y voir une preuve que l'on peut trouver un emploi intéressant au Québec même si on est fraîchement immigré.
Contrairement à de nombreux Français qui se plaignent qu'on ne leur apporte pas immédiatement la job de leurs rêves sur un plateau d'argent, je me donne à mon métier avec passion. Chaque appel est un nouveau défi dans lequel il faut s'adapter à son interlocuteur. La moindre erreur ou hésitation peut avoir des conséquences dramatiques. C'est bien plus riche que l'emploi de chirurgien aux urgences que j'occupais en France. Le seul inconvénient est que mon salaire a été divisé par quatre, mais la vie est tellement moins chère ici...
10h
C'est la pause. Je quitte mon poste de travail pour m'offrir un petit café. À côté de la machine, quelques personnes discutent de l'hypocrisie avec laquelle les Européens condamnent la chasse aux phoques. Je me joins immédiatement à la conversation pour expliquer combien je me sens proche des préoccupations des chasseurs. Je suis pas la tête à Papineau, mais tuer un phoque à coup de gourdin, c'est un peu comme vendre un abonnement de 24 mois à La Presse à un BS. Ça peut paraître cruel mais c'est bon pour l'économie. Il semble malheureusement que j'arrive à la fin de la conversation puisque le groupe se disperse à mon arrivée. C'est curieux, mais depuis que j'ai affirmé que les préjugés sur l'hygiène des Français étaient en bonne partie justifiés, j'ai l'impression que plusieurs de mes collègues m'évitent.
12h
C'est l'heure du dîner. J'ouvre ma boîte à lunch et sors ma can de racinette et la poutine aux cretons que je me suis préparée hier. Les deux collègues québécois à côté desquels je m'assois après l'avoir réchauffée font une mine étrange. Ils ne doivent pas avoir l'habitude que des Français s'adaptent aux Québécois jusqu'à suivre leurs habitudes alimentaires. Je m'ennuie un peu pendant le repas. Bien que mes collègues soient francophones, ils parlent systématiquement en anglais quand je suis là. Ils devraient pourtant savoir que j'ai du mal à comprendre. De toute façon, il est hors de question que j'apprenne la langue de l'envahisseur. Ce serait un manque de respect pour ma culture d'accueil.
12h54
Alors que je m'apprête à rejoindre mon cubicle, j'ai le malheur de croiser un "compatriote" qui vient tout juste de débarquer à Montréal. À chaque fois que je le croise, il trouve le moyen de se plaindre de quelque chose. La semaine dernière, c'était parce qu'il avait cassé son essieux dans un nid de poule du centre-ville. Aujourd'hui, il s'insurge d'avoir passé son week-end à attendre aux urgences pour qu'on lui soigne son bras cassé. Je n'en reviens pas que l'on puisse se montrer aussi râleur, ingrat et intolérant. Quand on s'installe dans un pays, la moindre des choses est de s'adapter aux coutumes locales !
1h-2h de l'après-midi
Je ne travaille qu'une heure après la pause dîner. Cet emploi du temps ne m'arrange pas vraiment mais je n'ai pas voulu le dire à mon patron de peur de passer pour un chialeux. L'après-midi se déroule sans incident notable, à part un prospect énervé qu'on l'ait appelé pour la septième fois en une heure et qui, sous le coup de la colère, m'a traité de "d'hostie de maudit français à marde". Je ne me formalise pas de ce sobriquet. Je sais que c'est une manière un peu maladroite qu'ont certains Québécois de nous témoigner leur affection.
2h57
J'arrive à mon rendez-vous chez mon orthophoniste. J'ai commencé à suivre des séances il y a deux mois après avoir réalisé que je ne parlais pas du tout le français correctement. Au-delà des anglicismes typiques de mon pays natal que je m'efforce chaque jour de bannir de mon vocabulaire, j'ai remarqué que je disais par exemple "maudit" au lieu de "maudzit", "vert" au lieu de "vaert" et "beurre" au lieu de "bâââeu". Ça prenait pas la tête à Papineau pour décider qu'il fallait d'urgence redresser la barre. Je m'y emploie en travaillant deux heures par jour ma prononciation avec un spécialiste et en écoutant régulièrement sur mon iPhone les podcasts de Radio Canada et de Sylvain Grand’Maison afin de travailler mon oreille.
5h14
En sortant de chez l'orthophoniste, J'appelle ma blonde québécoise pour lui demander si elle veut bien venir dormir chez moi ce soir. Elle me répond que ce n'est pas possible car elle doit s'entraîner au gym jusqu'à 22h et qu'elle sera trop fatiguée après. Ça risque aussi d'être dur demain car elle a une réunion avec ses amies féministes, mais elle promet d'essayer de me garder un créneau pour dans trois jours. J'adore le caractère indépendant de cette fille. Quand j'ai commencé à sortir avec elle il y a quelques mois, je venais juste de rompre avec ma compagne française après dix ans de relation. Ça avait été une décision difficile, mais je ne pouvais plus vivre avec cette femme qui n'avait pas su s'adapter au Québec aussi rapidement et aussi facilement que moi, au point qu'elle n'arrivait même pas à rire des gags d'Éric Salvail.
Avec Geneviève, je découvre vraiment un autre monde. C'est grâce à elle que j'ai compris que mon refus de mettre un "E" majuscule à la fin des noms de professions pour signifier qu'elles pouvaient être exercées par une femme témoignait chez moi d'un machisme refoulé. C'est aussi elle qui m'a convaincu que regarder des films pornos était aussi ignoble que de payer une prostituée et de disperser ses restes dans un terrain vague après l'avoir égorgée. J'espère vraiment que j'arriverai à la voir cette semaine.
6h09
Je rejoins mes cheums du Parti Québécois au restaurant La Belle Province où nous nous sommes donnés rendez-vous. Nous avons prévu de souper tous ensemble avant de nous rendre à la causerie organisée par notre mouvement sur le thème "Comment un État québécois souverain serait plus en mesure de juguler les effets dévastateurs du réchauffement climatique". Il m'a fallu du temps pour me faire accepter par ce groupe. Quand j'ai pris ma carte de membre, beaucoup de mes camarades ont trouvé suspect que je m'investisse dans la lutte pour l'indépendance seulement trois jours après être arrivé au Québec. Leur incrédulité a encore augmenté lorsque j'ai dit que je trouvais Pauline Marois très sympathique et proche du peuple. Aujourd'hui, ils ont heureusement compris que mes paroles étaient sincères, et ils ne s'étonnent même plus de ma tendance à parler des Québécois à la première personne du pluriel et des Français à la troisième. Avec un peu de patience, je suis sûr qu'ils m'inviteront même au party qu'ils organisent entre eux et qu'ils me cachent encore par pure timidité.
8h47
Galvanisé par le passionnant débat auquel je viens d'assister, je rentre enfin chez moi, la tête pleine de rêves de liberté et quelques Molson Export dans l'estomac. Il y a une enveloppe dans ma boîte au lettre. C'est la clinique qui me confirme la date de rendez-vous pour ma vasectomie. Je m'affale sur le canapé du salon et jette un oeil sur le calendrier punaisé au mur, à côté de la TV.
Ciboire, Un an !
Un an que j'ai quitté sans regret le pays laxiste liberticide socialiste ultra-libéral qui m'a vu naître.
Un an que je gomme patiemment toutes les traces de ma francitude qui me font profondément honte et que l'arrivée au pouvoir de Monsieur Sarkozy me rend à peine plus tolérables.
Un an que je m'intègre avec enthousiasme dans cette incarnation de la perfection que représente pour moi la Nation Québécoise.
Le bilan serait complètement positif si deux êtres ne me ramenaient pas cruellement à mes origines. Car si j'ai réussi sans problème à purger mon carnet d'adresse de tous mes anciens amis français, je sais que je suis trop lâche pour exclure mes parents de ma vie.
Leur accent pointu me taillade les entrailles à chaque fois qu'ils me parlent sur Skype.
L'idée de devoir régulièrement leur rendre visite au pays des grèves et de l'antisémitisme me déprime complètement.
Heureusement, ils sont vieux. Ils devraient bientôt mourir.
Monsieur le Directeur,
Travaillant comme délégué en bourse pour votre entreprise depuis près de quatre ans, je me permets de vous solliciter afin que vous financiez le cours d’écriture humoristique que j’ai commencé à suivre à l’École Nationale de l’Humour le 29 janvier dernier.
J’imagine que cette requête paraîtra étrange pour un employé d’une des plus grosses compagnies bancaires du pays dont la devise a toujours été “L’argent est une chose trop sérieuse pour être confié à des rigolos”. J’ai également tout à fait conscience que votre budget formation n’est pas infini et que les financements que j’ai précédemment obtenus pour mes cours de flûte traversière, de cuisine ouzbek et de chirurgie esthétique pour batraciens ont dû sérieusement entamer celui-ci. Je souhaiterais cependant vous faire part de quelques arguments qui, je l’espère, vous convaincront de l’intérêt de disposer d’un expert de l’humour au sein de votre entreprise.
Cette compétence me paraît en premier lieu indispensable pour communiquer avec nos clients sur les problèmes financiers que nous traversons actuellement. La meilleure façon d’annoncer une mauvaise nouvelle est en effet de la noyer dans de nombreuses blagues et calembours prononcés suffisamment fort pour en faire oublier l’aspect négatif. Ce n’est assurément pas un hasard si en enlevant le “se”, le “é” et le “no” de “Crise économique”, on obtient “Cri comique”. Si nous utilisons cette méthode, je suis persuadé que tous nos clients quitteront nos bureaux d’excellente humeur, même si nous venons de leur annoncer que nous avions confié toutes leurs économies à Vincent Lacroix.
J’ai déjà testé cette approche au sein même de notre entreprise en suggérant à la direction du personnel quelques manières amusantes et diplomates d’annoncer à un salarié avec vingt ans d’ancienneté que nous sommes finalement obligés de nous défaire de lui. Par exemple :
“Tu as vu le truc qui va bientôt sortir ? C’est toi !”
ou bien :
“Tu aimes ton emploi ? Et bien je suis sûr que tu aimeras encore plus le prochain !”
Vous me rétorquerez sans doute que ces exemples n’ont rien d’hilarant, mais c’est justement pour cette raison que j’ai besoin de prendre des cours d’écriture humoristique. Grâce à cette nouvelle expertise, je vous garantis que mes collègues que vous licencierez à l’avenir seront tellement morts de rire qu’ils en oublieront de porter plainte contre la compagnie.
Je tiens enfin à attirer votre attention sur le prix particulièrement bas de cette formation. Si on divise les 360 $ qu’elle requiert par le total des dix séances hebdomadaires, on obtient en effet la ridicule somme de 36 $. Il s’agit d’un montant environ quarante fois moins élevé que celui que vous dépensez chaque semaine dans les bars à danseuses et que vous facturez à l’entreprise en tant que “Gestion des contacts”.
Il va de soi que j’utilise cette comparaison uniquement dans un but pédagogique. Il serait particulièrement déloyal de ma part de vous menacer de révéler ce détournement de fonds passible d’une forte amende et de quelques années de prison juste parce que vous refusez de me payer une petite formation à 360 $.
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à ma demande et vous prie d’agréer, Monsieur le directeur, mes sincères salutations, que je vous charge de transmettre également à Natacha, Candy, Kimberly, Destiny et Kyky, ainsi bien sûr qu’à votre épouse et vos enfants.
Libre improvisation à partir d'une phrase prise au hasard dans un bouquin d'Anna Gavalda (dont je n'ai absolument rien lu d'autre)
Le problème, c'était que ça n'était plus si efficace cette affaire...
Il avait beau rassembler de toutes les manières imaginables les pièces qui s'éparpillaient, actionner les leviers qui avaient si bien marché auparavant, frapper ou secouer les choses dans tous les sens... la machinerie refusait catégoriquement de se remettre en route. Lassé de toutes ces opérations infructueuses, il se décida finalement à composer le numéro de téléphone de la compagnie.
- Assistance clientèle, bonjour. Que puis-je pour votre service ? claironna un employé après une attente étonnamment courte.
- Bonjour, répondit-il, j'ai un petit problème avec ma crédibilité.
- Qu'entendez-vous par là ?
- C'est simple. J'ai acheté il y a deux ou trois mois la crédibilité que vous vendez à grand renfort de publicité sur Internet, et j'ai l'impression qu'elle n'a déjà plus aucun effet.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- Oh, de multiples indices tels que le regard fuyant de mes partenaires qui semblent m'éviter, l'augmentation des lettres de protestation de mes administrés ou le climat qui se détériore au fil des rencontres. J'ai l'impression que le lien de confiance est rompu.
- Quel type de crédibilité possédez-vous ?
- Quand je l'ai acheté, j'ai hésité entre "droits de l'homme" et "écologie", mais j'ai finalement opté pour "lutte contre la crise" qui était en promotion.
- Très bon choix. C'est un modèle qui s'est littéralement arraché ces derniers temps. Ça fonctionnait bien au début ?
- Oui, très bien. J'appréciais énormément les options de série : le regard rassurant de l'expert qui sait, la petite moue dédaigneuse pour ridiculiser mes adversaires, le serrage de poing pour marteler mes arguments, le petit attaché-case, tout ça était parfait. Mais à présent, j'ai l'impression que quelque chose est cassé. Les électeurs me regardent de travers, il ne semblent plus croire à mes discours.
- Il ne s'est rien passé de spécial pendant l'utilisation ? Vous n'avez rien fait qui aurait pu abîmer votre crédibilité ?
- Non, je ne pense pas. J'ai parfois poussé un peu fort le réglage "démagogie", mais je ne pense pas que...
- Oula ! Vous aviez pris le modèle "lutte contre la crise" d'entrée de gamme ou le modèle luxe ?
- D'entrée de gamme, mais...
- C'est malheureusement le problème lorsque l'on investit pas assez dans la crédibilité. On s'expose à des désagréments.
- C'est à dire ?
- Seul le modèle luxe inclut l'option "connivence des médias" qui vous permet de retourner l'opinion en votre faveur si vous avez un peu forcé sur la démagogie. Sans cette fonctionnalité, je crains que votre crédibilité soit définitivement détériorée.
- Ah mais ça ne m'arrange pas du tout ça. Vous pensez que je pourrais l'échanger contre une nouvelle ?
- Quel est votre numéro de client ?
- Le 1884947
- On va voir ça. Je vois que vous avez pris le package avec la garantie 3 ans tous risques, sauf émeutes...
- Tout à fait.
- Dans ce cas, l'échange ne pose aucun problème. En revanche, ça ne va pas être possible tout de suite car nous n'avons plus votre modèle en stock.
- Quoi ? Mais j'en ai un besoin urgent, moi. C'est mon avenir politique qui est en jeu.
- Calmez-vous. Si vous êtes prêt à verser un petit supplément, nous pouvons vous faire parvenir un autre article de meilleure qualité.
- Combien cela me coûtera-t-il ?
- Ce qu'il vous reste d'éthique.
- Bon, ça va. Je m'attendais à beaucoup plus.
- Alors c'est noté. Nous vous l'expédions immédiatement.
- Merci. Pourriez-vous juste me dire le nom de ce modèle ?
- "Bon père de famille". Un classique qui plaît beaucoup et résiste au temps. Au revoir, Monsieur.
- Au revoir, et merci encore ! Ça fait plaisir d'être servi par un employé qui tient tellement son travail à coeur et fait preuve d'un tel professionnalisme.
- Je vous en prie. Par contre, pensez à baisser le réglage démagogie.
- Oups, excusez-moi. Bonne soirée !
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